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Les tokenomics

En crypto, il y a une multitude de notions fondamentales qui méritent d’être creusées. Si certaines ne vous servent pas forcément à vous, elles sont utiles pour les gros investisseurs et les partenaires.
Cependant, les tokenomics sont une notion essentielle qui va toucher toutes les strates et tous les acteurs qui rejoignent un projet. Du VC qui arrive en seed, jusqu’à l’investisseur qui achète au listing. Et c’est une notion fondamentale pour anticiper certaines choses, voire pour investir lorsque l’occasion se présente à vous.
Nous allons voir en détail ce que sont les tokenomics et pourquoi vous devriez y être attentif avant de rentrer sur un projet jeune ou pas encore listé.

Définition

Bon, pour ceux qui n’auraient pas fait le rapprochement, le mot “tokenomics” est la contradiction de Token et Economy. La crypto nous gratifie ici d’un néologisme anglicisé comme un les aiment (ou pas) mais qu’il veut bien utiliser faute de traduction française satisfaisante (avouez que l’économie du jeton ça fait tâche).
Au sens large, les tokenomics peuvent aussi signifier la science qui étudie le fonctionnement des cryptos, mais nous n’allons pas ici s’attarder là-dessus car ce n’est pas forcément très pertinent à l’échelle des petits investisseurs que nous sommes.
Grosso modo, il s’agit de rédiger des directives qui vont régir le modèle économique d’un projet, modèle soutenu par un token, celui qui nous intéresse ici. Il s’agit donc de définir des directives et des dynamiques reliées au token du projet en question, comme par exemple :
  • L’utilité du token
  • Le total supply (quantité totale de tokens qui sera créée à terme)
  • Le circulating supply à TGE
  • Le vesting des différentes parties
  • Les mécanismes de burn
  • Les fonds conservés pour des opérations futures (marketing, airdrops, etc)
  • Les mécanismes de gouvernance
  • D’une manière générale, l’inflation, qu’elle soit localisée ou permanente
Le maître mot de cette liste, dans un premier temps, est l’inflation. En effet, cette inflation naturelle du token correspond à l’augmentation de la quantité de tokens en circulation. Et elle doit être finement contrôlée pour ne pas agir au désavantage du projet.
En effet, plus il y a de tokens, plus l’offre est importante, si cette offre augmente plus vite que la demande, alors les prix vont avoir tendance à baisser dans un mécanisme très bien connu dans “le monde réel”. Inversement, si l’offre est contrôlée et que la demande augmente, les prix vont avoir tendance à augmenter, nous sommes ici sur un schéma classique d’offre et de demande.
Supposons qu’un projet libère l’intégralité des tokens à TGE (génération du token, autrement dit, listing). Le projet étant nouveau, il y a fort à parier que la demande ne sera pas encore optimale. Par contre, tous ceux qui auront acheté le tokens pendant des rounds pré-listing vont avoir l’occasion de dump leurs tokens directement sur le marché. Or, s’il y a beaucoup de tokens à vendre et pas assez de demande, il va falloir baisser le prix pour qu’il parte et on entre donc dans un cercle vicieux qui va faire tomber le prix au listing.
Quel est l’intérêt de vendre pour un investisseur privé si le prix dump ? Ne sous estimez pas nos VCs et autres investisseurs privés, comme vous le savez peut-être, les rounds privés touchent le tokens moins cher. Pourquoi ça ? Car ils s’exposent à un risque en achetant un projet pas encore développé, pas encore listé, et en contrepartie bénéficient d’un prix plus avantageux.
Mais qui dit prix plus avantageux dit possibilité accrue de dump car eux auront déjà réalisé un bénéfice entre leur prix d’achat et le prix au listing. Nous y reviendrons.

Les quelques notions à avoir avant de continuer

Avant d’aller plus loin, il convient de définir certains termes afin de se familiariser avec.

Le total supply

Il s’agit de la quantité totale de tokens qui sera jamais émise. Le total supply du Bitcoin est de 21 millions d’unités. De fait, il n’y en aura jamais plus. En vérité il y en aura même moins car certains perdent leurs mots de passe, d’autres les burn en les envoyant au mauvais endroit, donc cette quantité est amenée à s’amoindrir.
Il existe bien des tokens pour lesquels le total supply est non capé, de fait ils sont inflationnistes. Mais la plupart utilisent des total supply capé, certains couplant même cette notion avec des mécanismes de burn qui créent ainsi des supply déflationniste (comme DAO par exemple qui burn une partie des tokens rachetés)

Le circulating supply

Il s’agit du nombre de tokens actuellement en circulation, c'est-à-dire ceux que les gens peuvent librement acheter ou vendre, sans contraintes.
Certains projets ajoutent la liquidité dans ce circulating supply. Ce qui n’est pas extrêmement pertinent car la liquidité est là pour permettre les échanges. De fait, soyez attentifs au circulating supply avec et sans liquidité.
La différence entre le total supply et le circulating supply à l’instant T correspond aux tokens bloqués, dont notamment les tokens en vesting.

Le vesting

Le vesting correspond aux tokens bloqués pour différentes raisons. Cela peut être pour un fond de sécurité ou de gouvernance, ou pour les acheteurs privés.
En effet, afin de contrôler l’inflation dont nous avons parlé en début de talk, il est évident qu’il ne faut pas distribuer l’intégralité des tokens d’un coup, d’autant plus quand les investisseurs l’ont eu à un prix inférieur au prix du listing.
De fait, nous retrouvons des configurations de ce style :
  • 10% à TGE (au listing)
  • 10% par mois pendant 9 mois
Cela peut être adapté à toutes les sauces évidemment ! Certains mettent un cliff, par exemple :
  • 10% à TGE (au listing)
  • 3 mois de cliff (pas de distribution)
  • 10% par mois pendant 9 mois
Seule l’imagination du projet est la limite !
Après évidemment, il faut trouver la bonne recette entre prix et vesting pour atteindre ceux que l'on veut atteindre (VCs, influenceurs) et ne pas les faire fuir, par exemple, ce type de configurations a peu de chances d’attirer les investisseurs privés :
  • Prix private : 0.1$
  • Prix listing : 0.11$
  • 0% à TGE (au listing)
  • 6 mois de cliff
  • 5% par mois pendant 20 mois
C’est donc quelque chose de capital. Une offre peu intéressante et les investisseurs privés fuient, une offre trop intéressante pour eux et les investisseurs publics paniquent. Pourquoi ? Prenez l’exemple ci-dessous :
Offre privée :
  • Prix private : 0.01$
  • Prix listing : 0.10$
  • 50% à TGE (au listing)
  • 50% le deuxième mois
Offre publique :
  • Prix public : 0.10$
  • Prix listing : 0.10$
  • 50% à TGE (au listing)
  • 50% le deuxième mois
Ici, les investisseurs privés paieraient dix fois moins cher que vous, et auraient le même vesting que vous. Vous vous retrouvez donc dans un rapport de force complètement inéquitable en termes de prix, tandis qu’eux ont tout le loisir de pouvoir vous dumper les tokens dessus étant donné leur marge colossale avant de se retrouver avec un investissement non profitable.

Les différents rounds

Lorsqu’un projet se lance, il organise plusieurs rounds qui ont tous une importance non négligeable dans le développement du projet :

Le seed round

Il permet d’embarquer les early VCs. Généralement, c’est ici qu’on retrouve les “gros poissons”. Ceux qui sont prêts à poser des gros billets, en échange d’un prix très avantageux, mais d’un vesting très contraignant (parfois sur plusieurs années). Ils sont censés “croire et accompagner” le projet, de fait ce genre de vesting ne doit pas leur faire peur.

La team

Évidemment, la team se réserve une part des tokens. Pour montrer patte blanche et favoriser la confiance des investisseurs, elle doit avoir un vesting qui “marque le coup”. On parle ici par exemple d’un cliff d’un an minimum (6 mois éventuellement, en dessous c’est un red flag).
Une fois le cliff terminé, sa release doit ici être très lente pour ne pas donner l’impression aux gens que la team va rug pull. De l'ordre de 3 ou 4% par mois est acceptable.

Les advisors

Généralement, ils ne paient pas leurs tokens, mais ont un vesting globalement similaire à celui de la team. En échange de leur accompagnement à long terme, ils bénéficient d’un pourcentage du total supply, avec des vestings importants.

Le private round

C’est généralement le deuxième round de VCs, plus petits cette fois. Mais c’est aussi ici qu’on retrouve les KOLs (parfois ils font un round marketing à part, voire les onboard dans la public sale pour les projets très demandés)
Généralement, les KOLs ont accès à ce round là en échange de la promotion du projet sur leurs réseaux.

Le public round

C’est l’IDO, l’IGO, l’IEO, la SHO. Peu importe le terme, cela se regroupe dans la dénomination “vente publique”. Le prix est alors le même que celui du listing à venir (en grande majorité) et différents moyens d’onboarder les gens existent.
Si le projet a une grosse enveloppe à offrir, il peut passer en direct. Cependant, nous observons que beaucoup utilisent les launchpads de nos jours, avec des enveloppes minuscules et une très forte demande comparée à l’offre (l’effet de rareté toussa toussa).

Les deux mondes qui se tirent la bourre

On l’a un peu dit, mais précisons quand même. Il y a deux philosophies quand il s'agit de tokenomics.

Les modèles inflationnistes

Le plus connu de tous étant l’ETH, qui n’a pas de total supply et peut donc théoriquement croître jusqu’à l’infini. En théorie donc, la diminution de leur rareté dans le temps entraîne une augmentation de l’offre et donc une baisse des cours. Mais cela n’est vrai que pour une inflation non maîtrisée. Une inflation maîtrisée est possible et nous l’avons vu récemment avec Ethereum qui, par moment, est même déflationniste depuis la mise à jour EIP-1559 qui instaure un système de burn d’une partie des frais de transactions.

Les modèles déflationnistes

En crypto, la déflation est devenue la norme ! On ne va pas citer tous les projets qui le sont car ce serait trop long, cependant on va s’attarder sur le roi des rois, le Bitcoin.
Le Bitcoin a un total supply capé à 21 millions d’unités, pas une de plus, pas une de moins. Quoi qu’il arrive, ce système ne changera pas. Comment est contrôlée l’émission de $BTC ? Par les récompenses données aux mineurs ! Ainsi, en minant, on reçoit des tokens nouvellement créés.
Aujourd’hui, on crée 6,25 BTC toutes les 10 minutes et ce montant de récompenses est divisé par deux tous les 4 ans environ à la suite de ce qu’on appelle le “halving”, un évènement qui intervient à un bloc particulier.
Le dernier halving date du 11 mai 2020, c'est-à -dire que nous émettions 12 BTC toutes les 10 minutes, et 6,25 le 11, après cet évènement. Le prochain halving devrait donc avoir lieu en 2024, faisant passer l’émission de BTC à 3,125 BTC toutes les 10 minutes.
A ce rythme, le BTC sera complètement libéré de son mécanisme d’émission aux alentours de 2140, année à laquelle plus aucun BTC ne sera créé.
Notez que ce halving est généralement un signal intéressant avant un run haussier, les années de halving étant souvent de très bonnes années.

Quelques pistes d’analyses :

Voici quelques pistes d’analyses qui peuvent être utiles pour interpréter les tokenomics
  • Le seed round peut payer jusqu’à 2 ou 3 fois moins cher que vous, à condition que le vesting soit bien plus sévère que la public sale
  • Des teams tokens vestés moins d’un an sont généralement pas un bon signe
  • Des tokens advisor vestés franchement moins que la team ne sont pas bon signe
  • Si les rounds seed et private réunissent à eux deux plus de 20% du total supply, prenez des gants
  • En dessous de 10% de release à TGE pour vous, soyez sûr de croire au projet ! (je vous rappelle qu’avec 10% à TGE, vous remboursez votre investissement avec un x10, basique, simple)

Conclusion

Les tokenomics sont des composantes essentielles pour tout investisseur, que ce soit en private sale, en public ou quelques mois après le listing (car il y a toujours beaucoup de tokens en vesting). Il est donc important d’avoir un œil dessus avant de prendre une décision. Nous l’avons par exemple vu récemment avec WAG qui avait tendance à dumper les jours de releases des privates sales.
Les tokenomics permettent donc déjà de savoir sur quel type de projets nous sommes (inflationniste, déflationniste), si les investisseurs en public sale sont correctement protégés face aux investisseurs en seed, et si le modèle est viable sur la durée.
L’avantage est qu’elles sont rapidement interprétables et nécessitent donc de ne pas faire l’impasse dessus avant de se positionner !